A nos lecteurs

Abstract:

Au moment de présenter à nos lecteurs le premier sommaire de cette nouvelle série de Notes et Documents, il importe de réfléchir sur ce que peut et doit être une revue comme la nôtre. Fondée en 1975, Notes et Documents s’est d’abord voulu, dans les sept premières années de son existence sous la direction de Giancarlo Galeazzi, « un lien entre ses lecteurs et les organes de l’Institut et de ses sections nationales », avant de se transformer progressivement, à partir de 1983 sous la responsabilité de Gianfranco Martini, en « un instrument d’études et de débats » au service de la pensée personnaliste. Ces deux missions, d’approfondissement et de rassemblement autour d’un héritage intellectuel d’un côté, d’exploration et de réflexion tous azimuts dans la fidélité à ce même héritage de l’autre, demeurent plus actuelles que jamais. Elles prolongent et reflètent le travail qui a été entrepris, dès le début, par l’Institut international Jacques Maritain et qui lui a valu une large reconnaissance. Mais une revue, pour exister vraiment, ne saurait être qu’une « vitrine » institutionnelle, fût-elle des plus riches et des plus prestigieuses, elle se doit d’acquérir une ligne et un ton qui la distinguent dans le panorama, déjà plutôt fourni, des revues culturelles à vocation internationale. A l’heure où toute une génération intellectuelle catholique, que l’on pourrait qualifier de « maritainienne » et de « conciliaire » si l’on songe à l’influence des écrits du grand philosophe thomiste dans l’élaboration des grands documents de Vatican II, celle-là même qui a été à l’origine de l’Institut et qui lui a procuré ses meilleurs collaborateurs et ses plus fidèles soutiens, est en passe de disparaître, il apparaît nécessaire d’imprimer à notre revue un nouvel élan qui lui permette d’élargir et de renouveler son audience en touchant les générations qui n’ont pas lu Maritain et qui n’ont pas vécu le Concile.

Ce « coup de jeune » que nous voulons donner à Notes et Documents se traduit d’abord par un changement de couverture tant il est vrai qu’une revue se reconnaît d’abord à sa couverture. Sans rien perdre de sa sobriété et de sa lisibilité, celle que nous vous proposons désormais, due à la créativité d’un jeune graphiste de talent, entend exprimer tout à la fois un souci d’élégance, de rigueur et de convivialité, qui doivent être comme les signes distinctifs de notre publication à l’avenir. Ce « coup de jeune » signifie aussi une mise en page plus aérée avec l’insertion d’extraits d’œuvres (de Maritain en particulier) ou de documents en complément ou en écho aux articles publiés, une information plus riche et plus complète sur les derniers développements de la recherche personnaliste dans toutes les langues et sur tous les continents. A cet égard la publication de textes en italien et en espagnol aura pour but d’affirmer encore davantage le caractère d’internationalité de la revue et de correspondre mieux, au moment où cesse de paraître l’édition latino-américaine Notas y Documentos, à la géographie réelle du maritainisme. Au niveau de ses contenus, nous entendons travailler dans une double direction : celle d’une plus grande ouverture au débat d’idées, celle d’une plus forte réactivité aux sollicitations de l’actualité. Le propre d’une revue digne de ce nom est d’être un lieu d’échanges et de débat dans la fidélité à son inspiration fondatrice. Notes et Documents doit continuer de s’ouvrir toujours davantage au débat intellectuel. C’est pourquoi nous voulons donner plus de place à l’expression des points de vue et des opinions. A cet égard, le texte que nous publions dans le présent numéro de Bernard Doering sur les théologiens néo-conservateurs américains (les théocons) et que certains jugeront à bon droit quelque peu polémique dans la forme et exagéré sur le fond, est appelé à ouvrir un débat sur l’influence politique de la pensée de Maritain aux Etats-Unis au lendemain de la réélection triomphale de George W. Bush. Comme tel, il méritera sans doute qu’on y revienne dans les prochains numéros à partir d’autres points de vue.
Une revue culturelle comme la nôtre se doit d’être en prise sur les grands problèmes de l’actualité. Il lui revient d’aider ses lecteurs à réfléchir sur les véritables enjeux que recèlent telle ou telle question débattue quotidiennement dans les journaux. Chaque numéro continuera ainsi de s’ouvrir par un dossier composé d’articles ou d’interviews destiné à l’approfondissement d’un thème d’actualité. Si nous consacrons ce premier dossier de la nouvelle série de Notes et Documents à la question de la « laïcité en Europe », c’est parce que le centenaire de la loi de séparation en France (1905) nous y invite au même titre que les récents débats qui se sont ouverts sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et sur la ratification du Traité constitutionnel paraphé à Rome en octobre 2004. Plus fondamentalement, c’est parce que nous pensons qu’il s’agit là d’une question de fond touchant aux rapports entre la religion et la politique dans une Europe largement sécularisée où le christianisme a cessé d’être une référence commune en dépit des efforts du pape Jean-Paul II pour faire insérer la mention des « racines chrétiennes » dans le préambule du nouveau traité. Est-il souhaitable qu’il le redevienne sous la forme d’une espèce de « religion civile européenne » calquée sur le modèle américain permettant de réunir, par-delà les appartenances confessionnelles et les degrés de croyance, tous les citoyens de l’Union européenne ? Ou faut-il, au contraire, faire son deuil d’une influence, voire même d’une identité qui a profondément marqué le devenir du Vieux-Continent et se résigner à ce que les chrétiens ne jouent plus à l’avenir que le rôle de « minorités prophétiques » ? Le débat reste largement ouvert dans le monde catholique comme le prouvent plusieurs ouvrages et prises de positions récentes. Nous y apportons modestement notre pierre en montrant que la laïcité bien comprise, à distinguer du laïcisme sectaire et antireligieux, est une idée au fond très chrétienne, qu’elle implique la séparation mais pas l’exclusion, qu’elle demande, pour paraphraser le titre d’un ouvrage célèbre de Maritain, de « distinguer pour unir ».
Bonne lecture. Nous comptons sur votre fidélité et attendons vos réactions.

Autore / Curatore: CHENAUX Philippe
Anno: 2005
Numero: 1
Pagine: 13-14