Aux sources du personnalisme allemand dans l’Allemagne de Weimar

Abstract:

L’historien que je suis est particulièrement honoré d’intervenir à l’ouverture de ce colloque sur « les sources du personnalisme allemand ». Il n’est pas si fréquent en effet qu’un congrès de philosophes s’adresse à un historien pour lui demander d’introduire ses travaux. Le choix qui a été fait par les organisateurs de commencer cette journée par une introduction historique me semble particulièrement bienvenu dans la mesure où la naissance d’un courant de pensée comme le personnalisme en France et en Allemagne dans les années vingt et trente du siècle dernier est inséparable des conditions historiques dans lesquelles cette naissance s’est produite. Mon rôle d’historien sera donc, sans abuser de votre patience et sans déflorer le contenu des diverses communications au programme de cette journée, de rappeler d’une part ce qu’était le climat intellectuel de l’Europe au sortir de la Grande Guerre, ce « suicide de l’Europe civilisée » comme l’avait bien vu le pape Benoît XV dans l’un de ses nombreux messages de paix, de montrer d’autre part en quoi ce climat nouveau a pu favoriser un renouvellement de la pensée chrétienne (et tout particulièrement catholique) dans les pays concernés durant cette même période. Nous nous efforcerons de suggérer, dans un troisième temps, en quoi l’émergence du personnalisme s’inscrit dans un contexte d’échanges et de rencontres entre intellectuels catholiques français et intellectuels catholiques allemands au lendemain de la signature des accords de Locarno en octobre 1925. Pour ces intellectuels catholiques des deux côtés du Rhin, il s’agissait ni plus ni moins de travailler à « la reconstruction intellectuelle de l’Occident » (c’est le titre d’un grand congrès de la Katholische Akademikerverband tenu à Constance en août 1928). C’est dire si la dimension européenne (ou transnationale) est essentielle à notre propos : la naissance du personnalisme chrétien, en France et en Allemagne dans l’entre-deux-guerres, se présente comme une réponse au nationalisme totalitaire, cette idéologie dominante de l’époque qui prétendait sacrifier l’individu sur l’autel de la nation et de l’Etat tout-puissant.

Autore / Curatore: CHENAUX Philippe
Anno: 2006
Numero: 5
Pagine: 54-60